Créer une société de transport VTC demande de trancher deux questions avant toute démarche : quel statut juridique choisir selon sa situation, et dans quel ordre effectuer les formalités. Ce guide répond à ces deux points avec des données chiffrées concrètes, en intégrant les nouvelles obligations entrées en vigueur cette année.
🚗 L’essentiel à retenir
Conditions préalables
Permis B depuis 3 ans minimum et carte professionnelle VTC obligatoires avant toute immatriculation.
Statut juridique décisif
La micro-entreprise pénalise les charges réelles. La SASU permet de cumuler dividendes et allocations chômage.
Délai total : 2 à 4 mois
Immatriculation, inscription au REVTC et vignette VTC constituent les trois étapes obligatoires avant la première course.
Les conditions à remplir avant de créer sa société VTC
Avant d’ouvrir un dossier d’immatriculation, quatre conditions personnelles doivent être réunies. Elles concernent l’aptitude à conduire, le casier judiciaire, l’état de santé et la qualification professionnelle.
- Permis B depuis au moins 3 ans (2 ans avec conduite accompagnée) — le permis probatoire est insuffisant.
- Casier judiciaire bulletin n°2 vierge de toute condamnation incompatible : délits routiers graves, conduite sans permis après annulation, ou condamnations à plus de 6 mois pour vol, escroquerie, abus de confiance, agressions sexuelles ou trafic de stupéfiants.
- Avis médical favorable d’un médecin agréé par la préfecture (formulaire cerfa n°14880).
- Carte professionnelle VTC, obtenue après réussite de l’examen organisé par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat (coût d’inscription : environ 200 €). Une dispense d’examen existe pour toute personne justifiant d’un an d’expérience en conduite professionnelle (taxi, ambulancier, transport collectif) dans les dix dernières années.
La carte professionnelle est valable 5 ans. Son renouvellement est conditionné à une formation continue de 14 heures. Elle est inscrite automatiquement sur le portail Cerbère, consultable en temps réel par les clients et les plateformes pour vérifier sa validité.
Quel statut juridique choisir pour son entreprise VTC ?
Le choix du statut est la décision la plus structurante de toute la création. Il détermine le régime social, la fiscalité des bénéfices, la capacité à déduire les charges réelles et, selon la situation, le maintien ou non des allocations chômage. Trois formes juridiques concentrent la quasi-totalité des créations dans ce secteur.
Micro-entreprise VTC
La micro-entreprise VTC attire par sa simplicité : création gratuite et immédiate en ligne, charges sociales de 22 % appliquées uniquement sur le chiffre d’affaires encaissé, comptabilité réduite à un livre des recettes.
Le problème central est structurel : aucune charge réelle n’est déductible. Leasing, carburant, assurance, entretien… tout est supporté sur les revenus nets sans aucun avantage fiscal. Sur un chiffre d’affaires de 60 000 €, après charges sociales (13 200 €), impôt sur le revenu (environ 3 300 € avec l’abattement de 50 %) et charges réelles non déductibles (environ 24 000 €), le revenu net réel tombe à environ 1 630 € par mois.
Ce statut reste pertinent pour tester l’activité ou en complément d’un revenu principal. Le plafond de chiffre d’affaires applicable aux prestations de services est fixé à 83 600 € pour la période en cours (contre 77 700 € l’année précédente). Dès que les charges réelles dépassent 50 % du chiffre d’affaires, une structure en société devient plus rentable.
EURL VTC
L’EURL VTC est une société à associé unique dont la responsabilité est limitée aux apports. Le capital social minimum légal est d’1 €, mais un montant de 500 à 1 000 € est recommandé pour crédibiliser la structure. Les frais de création s’élèvent à environ 200 à 300 € (annonce légale comprise).
Contrairement à la micro-entreprise, toutes les charges réelles sont déductibles et la TVA sur le véhicule et les frais d’exploitation est récupérable. Le gérant relève du régime de la Sécurité Sociale des Indépendants, avec des cotisations représentant environ 45 % du bénéfice net. La couverture maladie-retraite est moins favorable que celle d’un assimilé salarié, et il n’existe aucune assurance chômage.
Ce statut convient aux chauffeurs qui exercent à titre principal, sans allocations chômage à préserver, et qui souhaitent maximiser leur revenu net à court terme.
SASU VTC, le statut privilégié
La SASU VTC est plébiscitée pour deux raisons majeures. D’abord, le président associé relève du régime général de la Sécurité sociale (assimilé salarié), ce qui offre une couverture maladie, retraite et prévoyance complète. Ensuite, et c’est le levier le plus méconnu : aucune cotisation sociale n’est due si aucun salaire n’est versé.
Cette caractéristique ouvre une stratégie directement applicable pour les demandeurs d’emploi en reconversion : ne verser aucune rémunération pendant la période d’allocations chômage, et percevoir uniquement des dividendes. Les dividendes d’une SASU ne sont pas assujettis aux cotisations sociales (contrairement à l’EURL). Sur un chiffre d’affaires net de 46 800 € après commission plateforme, avec 23 940 € de charges fixes, l’impôt sur les sociétés au taux réduit de 15 % s’applique sur le bénéfice résiduel. Les dividendes distribués sont soumis à la flat tax de 30 %, ce qui aboutit à un revenu net d’environ 13 600 € sur l’année, tout en maintenant 100 % des allocations chômage en parallèle.
La contrepartie : une comptabilité complète obligatoire (bilan, compte de résultat, approbation annuelle des comptes) et des formalités plus rigoureuses qu’en micro-entreprise.
Le tableau ci-dessous résume les critères décisifs selon les profils :
| Critère | Micro-entreprise | EURL | SASU |
|---|---|---|---|
| Coût de création | Gratuit | 200 à 300 € | 200 à 300 € |
| Régime social | SSI | SSI | Régime général |
| Déduction des charges réelles | Non | Oui | Oui |
| Récupération de la TVA | Non | Oui | Oui |
| Maintien des allocations chômage | Non | Non | Oui (sans salaire) |
| Dividendes hors cotisations sociales | N/A | Non | Oui |
| Profil adapté | Test d’activité | Activité principale | Reconversion avec ARE |
Quelles sont les étapes pour créer une société VTC ?
La création d’une entreprise de transport VTC suit un ordre précis. Chaque étape conditionne la suivante, et le délai total entre la première démarche et la première course autorisée oscille entre 2 et 4 mois.
Étape 1 — Stage de préparation, rédaction des statuts et immatriculation
Le stage de préparation à l’installation, organisé par la CMA, dure 3 jours et coûte environ 250 €. Il couvre la comptabilité, la fiscalité, le droit commercial et les obligations sociales. Il est obligatoire sauf si vous justifiez d’un diplôme en gestion ou d’une expérience avérée dans la direction d’entreprise.
Une fois le statut juridique choisi, la rédaction des statuts pour une EURL ou une SASU précède le dépôt du capital sur un compte bancaire dédié. L’annonce légale représente un coût de 150 à 200 € selon le département. L’immatriculation s’effectue ensuite exclusivement via le guichet unique en ligne sur formalites.entreprises.gouv.fr.
Les documents à préparer pour ce dossier sont les suivants :
- Pièce d’identité et justificatif de domiciliation du siège social
- Statuts signés et attestation de dépôt du capital (pour EURL ou SASU)
- Attestation de réussite du stage d’installation
- Attestation de non-condamnation et attestation de filiation
Le code APE attribué aux activités VTC est le 4932Z (Transports de voyageurs par taxis). Ce code est systématiquement absent des articles concurrents et pourtant demandé lors des démarches d’immatriculation. Le Kbis est délivré dans un délai de 1 à 3 semaines après validation du dossier.
Étape 2 — Inscription au REVTC et vignette VTC
L’inscription au Registre des Exploitants VTC (REVTC) est obligatoire pour exercer légalement. Elle s’effectue entièrement en ligne, coûte 170 € et doit être renouvelée tous les 5 ans.
Les documents requis pour cette inscription sont :
- Attestation d’assurance en responsabilité civile professionnelle (transport rémunéré de passagers)
- Kbis ou numéro Siren issu de l’immatriculation
- Copie de la carte grise du véhicule exploité
- Carte professionnelle VTC en cours de validité
- Garantie financière de 1 500 € par véhicule, sauf si vous en êtes propriétaire ou si le contrat de location dépasse 6 mois
Une fois inscrit, la vignette VTC est demandée via l’espace personnel du registre. Elle est autocollante, obligatoire et coûte environ 35 €. Elle se pose en angle bas gauche du pare-brise avant et en angle bas droit du pare-brise arrière. Tout dispositif lumineux extérieur est interdit, sous peine de confusion avec les taxis.
L’assurance RC Pro pour un véhicule déclaré en transport rémunéré de passagers est distincte d’une assurance personnelle classique. Son coût annuel varie entre 3 000 et 6 000 € selon la zone géographique et le profil du conducteur. Exercer sans cette assurance expose à une amende pouvant atteindre 3 750 € et au retrait de la carte professionnelle.
Quelles sont les nouvelles règles pour les VTC en 2026 ?
Plusieurs évolutions réglementaires importantes sont entrées en vigueur récemment et changent concrètement les obligations des exploitants.
Nouvelles obligations déclaratives au REVTC : tout exploitant doit désormais déclarer le nom et le numéro de carte professionnelle de chaque conducteur salarié, ainsi que les plaques d’immatriculation de tous les véhicules exploités. Tout changement de situation doit être signalé dans un délai de 3 mois.
Sanctions pénales renforcées : exercer sans inscription au registre ou prendre en charge un client sans réservation préalable (maraude physique ou électronique) expose désormais à :
- 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour une personne physique
- 225 000 € d’amende pour une personne morale
- Des peines complémentaires possibles : suspension du permis jusqu’à 5 ans, immobilisation ou confiscation du véhicule
La mise à disposition de son inscription au REVTC à un tiers est traitée comme une infraction distincte. Elle entraîne une radiation immédiate du registre et une interdiction de réinscription pouvant aller jusqu’à 3 ans, ainsi qu’une interdiction de diriger tout exploitant VTC pendant cette période.
Enfin, le seuil de chiffre d’affaires de la micro-entreprise pour les prestations de services a été relevé, ce qui élargit la fenêtre d’utilisation de ce statut avant dépassement de plafond. Ce relèvement ne corrige pas le problème fondamental de non-déductibilité des charges, mais repousse le moment où le basculement vers une société devient juridiquement obligatoire.


